vues en coupe
 
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Instants d'été
 
Et... quand le chat gris-pierre joue avec la figue, midi plein écrase les lauses.
 
Il est l'heure pour qu'affamés de sommeil on s'avance vers les tables légères de salades de tomates, blanches de cerceaux d'oignon, huile miel encerclant le grain de poivre, éclaboussures de sel jetées à la hâte contre la porcelaine vieille, câpres rares enlacées d'anchois maigres, arêtes transparentes, têtes coupées et jetées dans des ports sales ailleurs. Les miettes de thon violinent par le vinaigre mais l'ail émincé s'émisse dans les nervures du pain et des ongles pour la première bouchée, car la faim caresse les lèvres.
 
Le chat est endormi à vingt centimètres de la figue molle, peau blonde, chair éclatée en pépins pastel.
 
Il est l'heure de la faim. Les babines huileuses léchées du coude laissent à la bouche l'espace affamé pour la fourchette inoxydée.
 
Un enfant picador, bourré de couleurs, atteint la dernière tranche de tomate oubliée par les grands dans le saladier abandonné aux guêpes.
 
Il n'a pas vu la câpre-olive. Par l'évier des vaisselles tardives elle va rejoindre la mer.
 
Et le chat n'en sait rien et la figue est muette.
 
On s'avance vers la sieste comme devant un abreuvoir.
 
©Jean-Louis Vincensini, 2002